LA FONCTION ACHATS MODERNE ET PERFORMANTE : trop souvent mal connue et dévalorisée dans les entreprises françaises.
Par JPB1 le dimanche 7 octobre 2007, 09:11 - emploi - Lien permanent
Je viens de créeer mon blog sur le site de parisjob.com. Je suis en poste depuis peu comme Directeur Achats au sein du groupe Huntsman Tioxide Europe à Calais (62). Mon parcours professionnel, je peux le résumer en deux principales étapes : tout d'abord, 10 ans en achat, vente et organisation de transports internationaux puis, surtout, depuis plus de quinze ans, direction, organisation et optimisation de structures et process ACHATS et/ou LOGISTIQUES de différents groupes industriels et de prestations de services internationaux multisites, notamment l'ingénierie et le contrôle technique industriel, la certification, les transports, la sidérurgie, l'industrie extractive, l'électroménager et, aujourd'hui, l'industrie chimique de process. Pour être tout à fait complet : 1) ma formation : supérieure juridique et économique complétée par un 3° cycle Logistique et Achats; 2) langues : trilingue français - anglais - allemand, turc en cours de perfectionnement 3) le coeur de mon métier : Les Achats industriels et hors production + la Logistique industrielle (hors gestion de production) et de distribution + Les Services et Moyens Généraux + les Transports + pilotage et animation d'équipes-projets pluridisciplinaires en mode projet + accompagnement du changement
Je crois bien connaître la fonction Achats au sens moderne du terme et je dois, trop souvent, observer que, pour de multiples raisons notamment parce qu'une fonction Achats professionnelle et performante rend " les choses transparentes" et remet en cause bien des habitudes parfois ancestrales, cette fonction est plus ou moins cantonnée à de l'approvisionnement et ne se voit pas donner les moyens d'agir. La matrice suivante résume très bien à mon sens les différents stades possibles de développement de cette fonction:
MODELE DES QUATRE STADES DE DEVELOPPEMENT STRATEGIQUES ACHAT
STADE 1 : PASSIVITE Pas de stratégie : l’acte d’achat est initialisé par les demandes des autres départements qui en réalisent directement une bonne partie. La sélection des fournisseurs est opérée essentiellement sur le prix (% remise) et la disponibilité. STADE 2 : AUTONOMIE Optimisation des techniques et pratiques d’achat. Beaucoup de temps à professionnaliser la fonction notamment par l’introduction de : informatisation des achats, programmation des ordres, communication avec les fonctions techniques. STADE 3 : CONTRIBUTION Soutien de la Direction Générale : la fonction est perçue comme une fonction opérationnelle essentielle. La Direction Générale en attend un support et un moyen pour renforcer la compétitivité en fournissant aux utilisateurs des informations régulières et fiables sur les modifications de prix et de disponibilité. STADE 4 : INTEGRATION Contribution active à la stratégie générale de l’entreprise. Le rôle de la fonction a évolué de celui de « faciliteur » à celui de « contributif » à part entière. Rôle essentiel dans la mise en œuvre de partenariats fournisseurs. Liens permanents avec les systèmes d’informations des autres fonctions. Intervention en amont du processus d’acquisition – fabrication.
Chacun pourra aisément se positionner.
A propos, "Acheter", c'est quoi ? C'est l'acquisition des biens et des services nécessaires au parfait fonctionnement de l'entreprise dans les quantités requises, dans les délais impartis, au niveau de qualité et de sécurité souhaité et au moindre coût final d'utilisation. On voit donc que la pseudo - politique du "cost killing", du moins - disant n'est pas ou plus d'actualité. Ce qui prime, c'est le "mieux - disant", ce qui est tout autre chose. La remise ? C'est la boîte de médicaments, pas le médicament lui - même !
Le pods financier des achats, la réflexion la plus en amont possible, la volonté de répondre mieux et moins cher en créant un avantage concurrentiel déterminant pour la croissance, poussent à l'émergence d'une fonction Achats leader et puissante pour l'entreprise à travers la définition d'une stratégie de performances. La véritable question est de mieux acheter que le concurrent dans la qualité requise et non pas d'acheter le moins cher possible, au détriment du niveau d'exigence qualitative.
La fonction Achats a le devoir de remise en question, de devenir le moteur d'innovation par un rôle d'initiatives et de propositions, de favoriser la croissance en maîtrisant les coûts de la nouveauté. Ceci implique une organisation et un processus global adaptés.
Prenons, si vous le voulez bien, l'exemple d'une entreprise avec un chiffre d'affaires de 100, un portefeuille achats de 50, une marge nette de 5 : un gain tangible et pérenne de 10% sur les Achats permet à cette entreprise de DOUBLER sa marge nette.
Quel est l'impact moyen des achats sur les prix de revient des produits finis ? Tout dépend du stade de sa participation au processus d'acquisition : 1) au stade final de la production, cet impact moyen est de 5%, en d'autres termes, c'est la remise, très flatteuse pour l'égo et vite obtenue, car le fournisseur l'a prévue plusieurs fois et le grand gagnant, c'est le fournisseur ! 2) un peu plus en amont, au stade de l'industrialisation, cet impact est de l'ordre de 12 à 15%, cest mieux. 3) enfin, au stade de la conception et de la R&D, tout en amont, l'impact est de 50 à 70 ! C'est parlant, non ?
Parlons un peu de VALEUR AJOUTEE. Une entreprise crée de la valeur si le RCI (rentabilité des capitaux investis = résultat opérationnel après impôts) est supérieur au WACC (Weight Average Cost of Capital = coût des capitaux engagés = coût pondéré de la dette + coût pondéré des fonds propres). Pour accroître la valeur créée, on peut agir sur 3 leviers : 1) améliorer le résultat d'exploitation par une productivité et/ou des économies accrues (Achats); 2) réduire les capitaux investis dans l'exploitation en cédant des immobilisations et/ou en optimisant les stocks (Achats - Approvisionnements) 3) diminuer le coût des capitaux engagés (actuellement, les taux d'intérêt sont beaucoup plus bas que le coût des fonds propres et les entreprises ont, dans ce contexte, intérêt à emprunter).
Trop souvent, les directions générales n'ont pas les outils pour visualiser les performances Achats. Elles voient un montant nominal d'achats, ce qui ne veut rien dire. Si la production augmente, nécessairement, même si la corrélation entre Ventes - Production et Achats n'est pas mathématique, les volumes d'achat s'accroissent. Donc, il faut "rendre à César ce qui est à César". La formule suivante peut permettre de pallier cette lacune : PB(QR - QB) + QR(PR - PB) dans laquelle : PB = prix unitaire budgété PR = prix unitaire réellement acquitté ou pump (prix unitaire moyen pondéré pour les articles stockés) QB = Quantité budgétée QR = Quantité réalisée = achetée (#consommée)
Le premier paramètre PB(QR - QB) représente l'impact quantité = l'écart de consommation Le second paramètre QR(PR - PB) représente l'impact prix = l'écart de prix.
Les conditions de base pour que la fonction Achats puisse "performer" sur les comptes de l'entreprise :
1) Un binône gagnant Prescripteur - Acheteur qui travaille EN AMONT du processus d'acquisition; 2) des acheteurs professionnels : compétences juridiques, économiques, financières, technologiques, comptables, fiscales, etc; 3) une déontologie au - dessus de tout soupçon; 4) une démarche comparative technico-financière objective; 5) un raisonnement en prix nets (et non en remise) et en COÛT GLOBAL D'ACQUISITION (Total Cost Owning); 6) une parfaite connaissance des marchés internationaux produits - fournisseurs; 7) une ouverture d'esprit générale dans l'entreprise et notamment au changement; et, enfin et surtout, une Direction qui s'implique fortement dans la démarche de réingénierie et se doit d'être le PREMIER SPONSOR de l'opération.
Trop souvent, les entreprises souhaitent le résultat du changement mais sans le changement ! Alors, Mesdames et Messieurs les Dirigeants, à vos marques : votre fonction Achats peut et doit vous permettre de consolider les résultats de vos entreprises mais donnez lui en les moyens. Merci. Je serai ravi d'échanger avec vous et tous les professionnels des Achats et Logisticiens grâce à ce blog. Merci d'avance à toutes et à tous de votre participation. Bien confraternellement à vous. Jean - Pierre BAILLY
Commentaires
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Bonjour,
Je tenais à vous écrire un mot à propos de votre blog.
Je suis passionnée par mon métier : les Achats.
L'approche avec laquelle vous abordez ce sujet me rappelle pourquoi j'ai choisi cette voie.
J'ai pris connaissance des outils qui pouvaient me servir à accomplir mes fonctions dans les achats/appros pendant mes études, mais ce qui m'a réellement donné cette passion, c'est avant tout cette possibilité de servir la société, en amont, tout en respectant son environnement.
Il m'a toujours semblé important de trouver un équilibre dans les relations avec les tiers. C'est la condition sine qua non pour susciter le respect, la loyauté et un relationnel durable avec les partenaires internes et externes.
Comme vous, je pense que nous pouvons pleinement exercer notre métier en proposant des solutions à nos fournisseurs pour qu'ils puissent être à même de nous aider à remplir nos objectifs en respect notre politique achat (coût, qualité, délai...).
Il y a tellement de leviers sur lesquels nous, acheteurs pouvons nous appuyer sans pour autant "étrangler" nos fournisseurs.
J'espère que votre site sera lu par de nombreux dirigeants, professionnels des achats mais aussi des étudiants qui se préparent à exercer ces fonctions.
Nous pouvons être d'excellents acheteurs performants sans pour autant avoir l'agressivité d'un "cost-killer"
Confirmation à l'auteur (Jean-Pierre Bailly) et à la lectrice Amandine : le blog est lu par des étudiants de Lille qui ont eu à faire un travail de recherche sur le rôle des achats dans le processus amont (devlpt de nouveaux produits) et le blog est lu par leur enseignant (consultant formateur qui intervient à Paris, Lille, Rennes et dans de nombreuses entreprises). Bon article que je garde car en 2 pages l'essentiel du métier est bien décrit. Bravo !
Bonjour,
Bon article synthétique.
Pour les maniaques et passinnées de l'amélioration de la performance achats dans leur entreprise, les 4 stades décrits , sont assimilable à des niveaux de maturité achats, en partant du principe que les achats sont un ensemble de process plus ou moins maitrisés.
ci après les grandes lignes et quelques précisions.
Bonne lecture et bon courage à tous.
CMMI® (Capability Maturity Model integrated)
Le CMMI® n’est pas une norme, ni un processus, c’est un modèle auquel on se réfère pour ne pas partir de rien. Il rassemble des pratiques d’experts qui ont prouvé leur efficacité et démontre comment « il faut faire pour bien faire ».
Ce modèle est utilisé pour améliorer la performance et l’efficience de la société, facteur important pour une optimisation des résultats, une réduction des délais et une augmentation de la satisfaction des clients. Il est composé d’une base solide pour établir des processus efficaces, stables afin de répondre aux besoins et exigences des clients. Aussi, il est constitué d’étapes clairement déterminées par des jalons mesurables pour construire une amélioration solide et durable des processus.
Le SEI (Software Engineering Institute), institut fondateur du CMMI® basé aux Etats-Unis, participe à des conférences sur le sujet et à des projets d’amélioration du modèle.
Aujourd’hui, peu d’entreprises en France possèdent cette expertise. La première constellation de ce modèle concernait le développement (software, hardware, système d’ingénierie et management de programme).
Une nouvelle version adaptée à l’acquisition est en attente de validation par le SEI pour juin 2007. Ce modèle CMMI® constellation acquisition concerne tous les acteurs attachés de prés ou de loin à l’acquisition (département achat, prescripteurs, service juridique…).
Cette dernière version a été réalisée par des membres du SEI en collaboration avec divers grands groupes, notamment General Motors, EDS, Hewlett Packard, Accenture, Cap Gemini, Deutsche Bank, IBM, Lucent technologies, Nasa, …
Ce modèle permet de classer en cinq niveaux de maturité les pratiques de l'entreprise. Le troisième niveau est celui généralement visé sachant que la majorité des entreprises françaises sont au niveau un ou deux. Pour atteindre chaque niveau étage, l'entreprise doit mener des actions d'amélioration au niveau de ses processus.
Les bonnes pratiques préconisées par le modèle sont rassemblées en vingt deux domaines (process area) eux-mêmes regroupés en cinq niveaux de maturité.
Niveau de maturité 0 : la situation de l’entreprise est chaotique, on constate aucun processus.
de maturité 1 - l’entreprise fonctionne avec des procédés, des tâches et métiers :
- les processus sont ad hoc, désordonnés ou peu de processus sont réellement définis,
- au niveau du projet, chacun fait ce qu’il veut,
- les facteurs de réussite des projets ne sont pas identifiés, la réussite ne peut donc être répétée,
- rien n’est planifié,
- rien n’est prévu,
- le travail nécessaire est mis en œuvre.
Niveau de maturité 2 - il est souligné un management hiérarchique des activités :
- les processus de base sont établis et il y a un niveau de discipline pour les appliquer,
- les projets sont pilotés individuellement et leurs succès peuvent se reproduire,
- le savoir faire est archivé et ne dépend pas d’individus (Knowledge Management),
- les objectifs sont formalisés,
- la réalisation est programmée,
- les responsabilités sont assignées,
- les réalisations sont suivies,
- les exigences sont identifiées.
Niveau de maturité 3 - l’entreprise fonctionne avec un management transversal des processus :
- tous les processus sont définis, documentés, normalisés et intégrés les uns avec les autres,
- les processus de pilotage des projets sont mis en place au niveau de l'organisation par l'intermédiaire de normes, procédures, outils et méthodes,
- formation au niveau de l’organisation,
- les procédés sont définis par ajustement du processus standard,
- institutionnalisation des processus,
- les ressources et infrastructures sont identifiées, allouées et utilisées en particulier concernant l’amélioration des processus,
- capitalisation des mesures et des bonnes pratiques mise en place et utilisée pour la planification des projets।
de maturité 4 - il est constaté une maîtrise des processus :
- les processus sont mesurés en rassemblant des données détaillées sur les processus et leur qualité,
- la réussite des projets est quantifiée,
- les causes d'écarts peuvent être analysées,
- pertinence des sorties par rapport aux objectifs pour toutes réalisations,
- les sorties se situent dans une zone de tolérance acceptable,
- pertinence des mesures.
Niveau de maturité 5 - l’entreprise est au niveau système, elle s’adapte aux exigences de l’environnement :
- l’amélioration continue des processus est adoptée et mise en place par un retour quantitatif, pilotant les nouvelles idées technologiques,
- la démarche d'optimisation est continue,
- le système s’adapte au contexte,
- le changement est identifié,
- la conduite du changement est planifiée et réalisée en conformité aux exigences,
- l’efficacité du changement est analysée.